Bas-Saint-Laurent

Traverse Rimouski-Forestville : le navire est en route, mais la saison est déjà perdue

Le navire destiné au lien Rimouski-Forestville a quitté la Grèce et doit arriver vers le 21 octobre, avec trois mois de retard. Il reste encore des étapes avant qu'il transporte des passagers.

Traverse Rimouski-Forestville : le navire est en route, mais la saison est déjà perdue

Le navire est en route. Selon Radio-Canada, le bateau destiné à la traverse entre Rimouski et Forestville a quitté la Grèce et mis le cap sur le Bas-Saint-Laurent. Son arrivée est attendue vers le 21 octobre, soit environ trois mois après la date annoncée au départ. Pour les usagers des deux rives, la nouvelle a un goût doux-amer. Le bateau approche enfin, mais l'été, période où ce lien maritime compte le plus, est terminé.

L'arrivée du navire ne signifie pas la reprise immédiate du service. Il faudra ensuite inspecter le bâtiment, le certifier et le mettre en service. Ce délai s'ajoute à une saison déjà amputée.

Un trajet transatlantique à la fin d'un été manqué

Entre la mer Égée et l'estuaire du Saint-Laurent, le navire doit traverser la Méditerranée, franchir le détroit de Gibraltar, puis l'Atlantique Nord avant d'entrer dans le golfe du Saint-Laurent. Ce parcours de plusieurs milliers de kilomètres prend quelques semaines pour un bâtiment de cette taille. Il se fera en fin de saison, au moment où les conditions en Atlantique Nord deviennent plus rudes. La date du 21 octobre reste donc approximative, comme le précise la formulation « vers le 21 octobre » rapportée par Radio-Canada.

Le dossier retient surtout l'écart entre la promesse et la réalité. Au départ, le navire devait arriver au cœur de l'été. Il arrivera après l'Action de grâce. Les raisons détaillées de ce glissement de trois mois (travaux au chantier, formalités, disponibilité du bâtiment) ne sont pas toutes exposées dans l'information rendue publique à ce jour. C'est d'ailleurs l'une des questions que les usagers et les élus des deux rives continuent de poser.

Ce qu'une saison amputée coûte aux deux rives

La traverse Rimouski-Forestville n'est pas un simple service touristique. Elle relie deux régions qu'un détour routier par Québec, ou par un autre traversier plus à l'ouest, sépare de plusieurs centaines de kilomètres. Sans elle, un résident de la Haute-Côte-Nord qui doit se rendre à Rimouski pour des soins, des études ou des affaires doit choisir entre de longues heures de route et les autres liens maritimes de l'estuaire : Trois-Pistoles–Les Escoumins, Rivière-du-Loup–Saint-Siméon ou Matane–Baie-Comeau–Godbout. Chacun a son horaire, ses contraintes et ses propres aléas.

Pour les usagers réguliers, l'été sans traverse a donc représenté des coûts concrets : essence, temps de déplacement, nuitées supplémentaires, rendez-vous déplacés. Ces coûts sont diffus et difficiles à chiffrer, mais bien réels.

Côté touristique, le calcul est plus brutal. La belle saison concentre l'essentiel de l'achalandage des traversiers de l'estuaire. Des visiteurs combinent souvent le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et la Côte-Nord dans une même boucle. Une traverse absente oblige à redessiner l'itinéraire, ou pousse certains à y renoncer. Les restaurateurs, hébergeurs et commerçants situés près des quais de Rimouski et de Forestville ont perdu une clientèle de passage qu'ils ne récupéreront pas cette année.

Les entreprises qui comptent sur ce lien pour leurs livraisons, leurs employés ou leurs clients ont dû s'ajuster elles aussi. Une traverse qui n'opère pas pendant tout un été montre à quel point certaines chaînes logistiques régionales en dépendent.

Arrivée, inspections, certification : le parcours qui reste

Le navire accosté à Rimouski ne pourra pas embarquer des passagers dès le lendemain. Au Canada, un bâtiment commercial qui transporte du public doit répondre aux exigences de Transports Canada en matière de sécurité maritime. Pour un navire acquis ou modifié à l'étranger, cela suppose généralement plusieurs étapes :

  • l'inspection du navire à son arrivée, pour vérifier que son état correspond aux documents et aux travaux réalisés ;
  • la certification, qui confirme la conformité du bâtiment aux normes canadiennes applicables et fixe notamment sa capacité autorisée ;
  • les essais en mer et la familiarisation de l'équipage avec le navire, ses équipements de sauvetage et les manœuvres d'accostage propres aux quais de Rimouski et de Forestville ;
  • la mise en service commerciale, avec un horaire, une billetterie et une communication claire aux usagers.
  • Chacune de ces étapes peut révéler des ajustements à faire. Le calendrier de la reprise dépendra donc autant de la date d'arrivée que de ce que les inspections permettront de constater.

    Le calendrier naturel pose aussi un problème. Fin octobre et novembre marquent la fin de la saison sur l'estuaire pour bien des services saisonniers. Les journées raccourcissent, les coups de vent se multiplient et l'achalandage touristique s'effondre. Même si toutes les étapes se franchissent rapidement, une reprise tardive servirait surtout à roder le navire. Elle ne permettrait pas de récupérer la saison perdue. La vraie épreuve pourrait donc être reportée au printemps.

    Une question de confiance

    Au-delà du bateau lui-même, ce retard pose une question plus profonde : celle de la fiabilité. Une traverse vit de la confiance de ses usagers. Un voyagiste qui bâtit un forfait, un travailleur qui organise ses déplacements ou un commerçant qui prévoit son personnel d'été doit pouvoir compter sur des dates fermes. Chaque report fragilise cette confiance et pousse une partie de la clientèle à adopter d'autres habitudes. Ces habitudes ne disparaissent pas forcément quand le service revient.

    La pérennité du lien est aussi en jeu. Un service saisonnier qui perd une saison complète perd aussi des revenus, ce qui pèse sur sa capacité à durer. La question du rôle des pouvoirs publics revient alors inévitablement : quelle part de soutien, quelles garanties de service, quel plan de rechange en cas de défaillance ? Le moment est particulier, puisque la campagne électorale provinciale bat son plein dans les circonscriptions du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord. Ceux qui dépendent de la traverse s'attendent à ce que les candidats se prononcent sur l'avenir de ce lien.

    L'expertise maritime ne manque pourtant pas à Rimouski. Le centre de recherche Innovation maritime, qui vient de souligner ses 25 ans comme le rapportait Mon Témiscouata, en témoigne, tout comme l'écosystème maritime qui l'entoure. Le défi ne tient pas au savoir-faire. Il tient à la capacité de livrer un service régulier, annoncé à l'avance et respecté.

    Ce qu'il faudra surveiller

    D'ici la fin octobre, trois éléments permettront de mesurer où en est le dossier :

  • la date réelle d'arrivée du navire à Rimouski ;

  • le délai entre l'accostage et l'obtention des autorisations nécessaires pour transporter des passagers ;

  • l'annonce d'un calendrier clair pour la saison prochaine, avec des dates que les usagers et les entreprises des deux rives pourront intégrer à leurs plans.

Le départ de Grèce met fin à une longue attente. Il ne règle pas pour autant la question qui compte le plus dans la région : la traverse Rimouski-Forestville sera-t-elle au rendez-vous au prochain été, aux dates promises ?