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Sommet Xi-Trump à Washington : une détente saluée par les marchés, mais peu d'engagements vérifiables

Hong Kong prédit un rebond de confiance après la visite de Xi Jinping à Washington. Les engagements chiffrés restent toutefois flous, et la crise d'Ormuz pèse toujours sur les marchés.

Sommet Xi-Trump à Washington : une détente saluée par les marchés, mais peu d'engagements vérifiables

Le président chinois Xi Jinping a quitté Washington vendredi, au terme d'une visite de trois jours auprès de Donald Trump. Dès le lendemain, à Hong Kong, le secrétaire aux Finances Paul Chan Mo-po prédisait à la radio une réaction positive des marchés. Selon le South China Morning Post, il estime que l'atténuation des incertitudes géopolitiques renforcera la confiance des investisseurs. L'optimisme est compréhensible venant d'une place financière qui vit du trafic de capitaux entre la Chine et le reste du monde. Pour un investisseur ou une entreprise exposée au duel sino-américain, une question demeure toutefois : qu'est-ce qui a réellement été conclu, et qu'est-ce qui relève du simple climat ?

Un sommet d'abord diplomatique

Le ton de la rencontre tranche avec les années de surenchère tarifaire. La chaîne CNBC rappelle qu'en mai, Xi Jinping avait demandé à Donald Trump si les deux pays pouvaient éviter une rivalité destructrice, en référence au « piège de Thucydide ». Ce concept, popularisé par le politologue Graham Allison, désigne le risque de guerre entre une puissance établie et une puissance montante. Toujours selon CNBC, le dirigeant chinois semble désormais convaincu que les deux capitales peuvent y échapper.

Ce glissement de discours compte, car Pékin mesure ses mots en diplomatie. Il ne constitue pas pour autant un engagement. Un investisseur ne peut pas modéliser une métaphore historique. Il peut modéliser un taux de droit de douane, un quota d'achats agricoles, une date d'entrée en vigueur ou une liste d'entreprises retirées d'une liste noire. Or les comptes rendus disponibles au lendemain du sommet insistent surtout sur l'apaisement et beaucoup moins sur des textes signés et chiffrés.

Le point de départ : une trêve à durée limitée

Pour juger ce sommet, il faut revenir à la séquence de 2025. En avril 2025, l'escalade avait porté les surtaxes américaines sur les produits chinois à 145 %, et la riposte chinoise à 125 %. L'accord de Genève, en mai, les avait ramenées pour 90 jours à des niveaux nettement plus bas. Puis la rencontre de Busan, fin octobre 2025, avait débouché sur une trêve d'un an. Washington réduisait de moitié la surtaxe liée au fentanyl. Pékin suspendait l'élargissement de ses contrôles à l'exportation sur les terres rares et reprenait ses achats de soja américain. Les deux camps gelaient aussi une série de mesures de rétorsion visant leurs entreprises et leurs secteurs maritimes.

Cette architecture présentait un défaut majeur pour les marchés : elle était temporaire par construction. Ses principales suspensions arrivent à échéance cet automne. La vraie mesure du sommet de Washington tient donc en une question simple : ces suspensions ont-elles été prolongées, rendues permanentes ou élargies ? Tant que les textes officiels ne précisent pas ces points, la prudence s'impose.

Commerce, droits de douane, technologies : ce qu'il faut vérifier

Trois critères permettent de séparer l'engagement du signal.

Le premier concerne les droits de douane. Une annonce ne vaut que si elle précise les taux, les lignes tarifaires visées et le calendrier. Une baisse publiée dans le registre fédéral américain ou par le ministère chinois du Commerce se vérifie. Une « volonté commune de réduire les tensions » ne se vérifie pas.

Le deuxième touche les intrants stratégiques. Les terres rares et les aimants permanents conditionnent l'automobile électrique, l'éolien et la défense. Les contrôles américains sur les semi-conducteurs avancés visent pour leur part l'industrie chinoise de l'IA. Le levier chinois sur les terres rares a montré en 2025 qu'il pouvait paralyser des chaînes de production entières en quelques semaines. Pour les industriels, une prolongation écrite et datée de la suspension chinoise vaudrait davantage que n'importe quelle déclaration.

Le troisième porte sur l'intelligence artificielle. Le quotidien économique espagnol Cinco Días, du groupe El País, rapporte que Pékin et Washington travaillent à une ligne directe pour gérer les incidents liés à l'IA. Le chroniqueur juge toutefois que ce projet « sait à peu », autrement dit qu'il paraît bien mince au regard des inquiétudes suscitées par les progrès de la technologie. Le texte parle d'un chantier en cours, et non d'un mécanisme opérationnel. Une ligne directe calquée sur le « téléphone rouge » de la guerre froide peut limiter les malentendus en cas d'incident. Elle ne dit rien de l'accès aux puces, du contrôle des modèles ou des investissements croisés, qui intéressent directement les entreprises du secteur. C'est un signal de gouvernance, pas une ouverture de marché.

Des marchés déjà nerveux

L'optimisme de Paul Chan tombe dans un contexte financier fragile. Le Financial Times rapporte que le fonds Apax est près de racheter la participation de Warburg Pincus dans l'opérateur néerlandais de télécommunications Odido, évalué à 6,5 milliards d'euros. Selon le quotidien britannique, cette transaction ferait suite à l'abandon d'un projet d'introduction en Bourse, jugé trop risqué dans un marché instable. L'épisode illustre le report des opérations d'envergure quand la visibilité manque.

Cinco Días observe aussi que la « bulle de tout » revient plus forte que jamais : l'effet de levier atteint des niveaux records, dans un marché où prolifèrent les options à très court terme et les fonds négociés en Bourse à effet de levier. Dans un marché aussi chargé en positions spéculatives, une bonne nouvelle diplomatique peut provoquer un rebond rapide. Une déception peut tout aussi vite provoquer un repli brutal. Le soulagement anticipé à Hong Kong pourrait donc s'avérer volatil s'il n'est pas suivi d'actes.

Ormuz, l'angle mort de la détente

Le risque le plus immédiat pour les marchés ne se joue pas entre Pékin et Washington, mais dans le golfe Persique. Plusieurs médias, dont La Jornada, le Standard de Vienne et le quotidien norvégien Aftenposten, relaient une information du Wall Street Journal. Donald Trump aurait rejeté une proposition iranienne de cessez-le-feu qui aurait permis de rouvrir le détroit d'Ormuz en sept jours. Selon des responsables américains cités par le quotidien new-yorkais, il aurait confié à ses conseillers son intention de reprendre les bombardements contre l'Iran après les élections de mi-mandat de novembre. Téhéran, de son côté, a réaffirmé ses sept conditions pour cesser les hostilités, rapporte le Standard.

La Chine est le premier acheteur de pétrole brut au monde, et une part importante de ses importations transite par Ormuz. Une perturbation prolongée du détroit la touche donc directement. Un apaisement commercial sino-américain ne protège ni les prix de l'énergie, ni les primes d'assurance maritime, ni les chaînes logistiques asiatiques. Le calendrier évoqué par le Wall Street Journal ajoute une échéance précise : l'incertitude pourrait s'intensifier juste après novembre, soit au moment où les investisseurs espéraient tabler sur une accalmie durable.

Le sujet iranien peut aussi redevenir un point de friction entre les deux puissances. Pékin entretient des liens économiques étroits avec Téhéran. Washington a déjà sanctionné par le passé des raffineries et des négociants chinois accusés d'acheter du pétrole iranien. Une reprise des frappes pourrait raviver ce dossier et fragiliser la détente fraîchement affichée.

Ce qu'il faut surveiller

Pour les investisseurs, le sommet de Washington change surtout le climat. Il réduit la probabilité d'une escalade tarifaire à court terme, ce qui peut soutenir les actions chinoises et hongkongaises ainsi que les exportateurs exposés aux deux marchés. Sa portée réelle dépendra de trois éléments encore à confirmer :

  • la publication de textes précisant le sort des suspensions tarifaires et des contrôles à l'exportation hérités de la trêve de 2025 ;
  • la traduction de la ligne directe sur l'IA en un mécanisme doté d'un mandat, d'interlocuteurs désignés et de règles de saisine ;
  • l'évolution du front iranien, qui peut à tout moment rouvrir un choc énergétique mondial.

L'optimisme de Hong Kong repose sur une réalité : moins d'incertitude vaut mieux que plus d'incertitude. Mais tant que les engagements ne sont ni chiffrés ni datés, et que le détroit d'Ormuz demeure une poudrière, la détente sino-américaine reste une trêve à surveiller plutôt qu'une paix commerciale acquise.