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Frappes massives sur l'énergie ukrainienne, à trois jours des pourparlers d'Abou Dhabi

36 missiles balistiques et 172 drones ont visé le réseau ukrainien dans la nuit du 6 au 7 novembre. Kiev y voit une manœuvre de pression avant les négociations américano-russo-ukrainiennes des 10 et 11 novembre.

Frappes massives sur l'énergie ukrainienne, à trois jours des pourparlers d'Abou Dhabi

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, la Russie a lancé l'une de ses attaques les plus lourdes de l'automne contre le réseau énergétique ukrainien. L'offensive aérienne survient à quelques jours de la reprise, à Abou Dhabi, de négociations parrainées par Washington, les premières depuis février. Pour Kiev, le calendrier n'a rien d'une coïncidence.

Ce qui s'est passé dans la nuit

Selon l'armée de l'air ukrainienne, citée par Reuters, la Russie a tiré 36 missiles balistiques et 172 drones. Quatre missiles seulement ont été interceptés, et les défenses ont abattu 149 des 172 drones. L'AFP, relayée par Boursorama, rapporte que les frappes ont provoqué des coupures de courant dans cinq régions : Dnipropetrovsk, Donetsk, Kiev, Jytomyr et Kharkiv. Le ministère ukrainien de l'Énergie parle de dommages importants aux réseaux de transport et de distribution, sans préciser combien de foyers sont touchés.

La capitale a été la plus durement atteinte. Le maire, Vitali Klitschko, a décrit une situation d'approvisionnement énergétique « extrêmement difficile », qui affecte le chauffage et l'eau. Le pont Nord, l'un des principaux ouvrages sur le Dniepr, a été touché, ce qui a bloqué la circulation. Selon un relais local cité par Bénin Web TV, le réseau d'eau a ensuite retrouvé un fonctionnement normal, et environ 60 % des immeubles d'habitation étaient raccordés au chauffage.

Les frappes ont aussi visé des postes électriques qui relient les centrales nucléaires de Rivne et de Khmelnytsky à la capitale et au centre du pays, d'après les informations rapportées par Reuters et par Bénin Web TV. Le bilan humain reste, à ce stade, limité : l'AFP fait état d'au moins neuf blessés, dont un enfant, d'après le président Volodymyr Zelensky, tandis que Reuters évoque au moins deux morts à l'échelle du pays. Les chiffres divergent et pourraient évoluer.

Du côté de Moscou, le ministère russe de la Défense affirme avoir frappé des installations du complexe militaro-industriel, du secteur énergétique et des infrastructures de transport à Kiev et dans sa région. Il cite notamment une centrale thermique, une sous-station électrique et une usine d'explosifs.

Une lecture politique de la salve

Volodymyr Zelensky a ouvertement lié l'attaque à la diplomatie. « La Russie se prépare aux pourparlers trilatéraux en lançant des missiles balistiques sur les infrastructures critiques de l'Ukraine », a-t-il écrit, selon l'AFP. Il affirme que Moscou a une conception très particulière de la diplomatie, qu'il décrit comme une forme d'agression, et que l'intensification des frappes vise à préparer le terrain pour peser sur la position de l'Ukraine et de ses partenaires. Le Courrier international reprend cette accusation d'une volonté de « plonger le pays dans le noir » à l'approche de l'hiver.

Le président ukrainien a aussi avancé un élément technique : selon des conclusions préliminaires, des missiles KN-23, fabriqués et livrés par la Corée du Nord, ont servi à frapper l'une des installations énergétiques clés. L'AFP rappelle que Pyongyang soutient Moscou depuis le début de l'invasion et a déjà envoyé des milliers de soldats combattre dans la région russe de Koursk. Ces informations restent à confirmer par des évaluations indépendantes.

La version russe, elle, présente ces tirs comme des frappes contre des cibles militaires et logistiques. Elle ne mentionne pas explicitement les conséquences pour la population civile.

Le réseau énergétique, cible récurrente

L'AFP souligne que Moscou martèle le réseau et les infrastructures ukrainiennes depuis plus de quatre ans et demi d'invasion, et que Kiev se prépare à un nouvel hiver rigoureux, alors que les températures tournent autour de zéro. L'enjeu n'est pas seulement matériel : le chauffage collectif, l'eau courante et le transport urbain dépendent tous de l'électricité, ce qui fait du réseau une cible à fort effet sur la vie quotidienne.

Zelensky a reconnu une faiblesse précise. Dans son message du 7 novembre, il déplore une pénurie importante d'intercepteurs pour les systèmes Patriot, ce qui explique en partie que seuls quatre des 36 missiles balistiques aient été arrêtés. Selon lui, les États-Unis sont les mieux placés pour y remédier. Il a aussi demandé des plans de secours pour le transport à Kiev, qu'il dit pratiquement inexistants à l'échelle municipale, et attend de nouvelles contributions européennes à l'initiative PURL, ainsi que de nouveaux paquets d'aide énergétique.

Le contexte américain pèse dans ce dossier. Military.com indique que, pour l'exercice 2026, Washington a alloué 220 millions de dollars américains à Kiev, soit une baisse de 99 % par rapport aux années de pointe du conflit. L'AFP note par ailleurs que le Parti républicain du président Donald Trump vient d'essuyer de lourdes pertes aux élections de mi-mandat, un facteur qui nourrit les calculs des deux camps.

Abou Dhabi : une reprise sous faible attente

L'émissaire américain Steve Witkoff a annoncé le 2 novembre des négociations de niveau technique entre l'Ukraine et la Russie, les 10 et 11 novembre aux Émirats arabes unis. Selon lui, les discussions porteront sur les arrangements de sécurité d'après-guerre, la désescalade, les efforts humanitaires et les prochaines étapes vers la paix. Parallèlement, des négociateurs américains rencontrent cette semaine à Bruxelles des représentants de la France, de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de l'Union européenne et de l'OTAN, pour parler de garanties de sécurité et de reconstruction.

Selon Radio Free Europe/Radio Liberty, Witkoff et Jared Kushner doivent représenter Washington. Le Latin Times précise qu'il s'agirait de la quatrième session formelle de négociations trilatérales depuis janvier 2026 : deux rondes à Abou Dhabi, fin janvier et début février, puis une à Genève les 17 et 18 février, avant que le processus ne s'interrompe avec le déclenchement du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran.

Ce qui a relancé la mécanique, c'est la rencontre de Witkoff avec Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg en octobre. Le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov y a dit la Russie prête à reprendre le format trilatéral. Un cessez-le-feu local rare, autour d'Oleshky dans la région de Kherson, a ensuite permis l'acheminement d'aide humanitaire et des évacuations, d'après CBS News. Le Kremlin a toutefois laissé entendre que cette opération ne signifiait pas une disposition à une trêve plus large, selon RFE/RL.

Les points de blocage restent les mêmes

Les analystes interrogés par RFE/RL doutent d'une percée. Les rondes précédentes ont permis d'avancer sur des questions techniques, comme la surveillance d'un éventuel cessez-le-feu, mais pas sur le cessez-le-feu lui-même. Le Latin Times relève que chaque round s'est conclu par des commentaires américains jugeant les discussions « constructives », sans accord concret. Un ancien responsable cité par RFE/RL estime qu'on ne peut guère attendre de ces rencontres techniques autre chose que leur redémarrage, avec peut-être un rendez-vous de suivi.

Le désaccord central est territorial. Selon CBS News, Poutine n'a pas renoncé à exiger que l'Ukraine accepte l'annexion unilatérale de territoires saisis pendant la guerre, tandis que Zelensky refuse de reconnaître une conquête par la force, une position que plusieurs alliés européens partagent, craignant un précédent dangereux. Selon News of Bahrain, Moscou insiste notamment sur le contrôle de l'ensemble du Donbass, et Kiev refuse de céder les territoires qu'il tient encore. La Russie occupe environ un cinquième du territoire ukrainien.

L'idée d'une trêve énergétique n'est pas nouvelle. RFE/RL rappelle que Donald Trump avait proposé un cessez-le-feu énergétique, accepté par l'Ukraine mais rejeté par la Russie. La salve du 7 novembre rend cette piste encore plus fragile, même si elle figure, selon le Latin Times, parmi les sujets possibles à Abou Dhabi, avec une trêve maritime, les échanges de prisonniers et le retour des enfants ukrainiens emmenés en Russie.

Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments diront rapidement si la rencontre est autre chose qu'un exercice protocolaire. Le premier est la présence des Européens : des experts cités par RFE/RL plaident pour qu'ils participent directement aux discussions plutôt que d'être consultés séparément, en s'appuyant sur la « coalition des volontaires » pour d'éventuelles garanties de sécurité. Le deuxième est la défense antiaérienne : sans nouvelles livraisons d'intercepteurs, la capacité de l'Ukraine à protéger son réseau pendant l'hiver reste limitée. Le troisième est le rythme des frappes pendant et après les discussions, le meilleur indicateur de l'intention réelle de Moscou.

Pour l'heure, le constat est net : les deux camps arrivent à Abou Dhabi avec des positions inchangées, et la guerre aérienne se poursuit à l'approche de l'hiver.