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RDC : Moïse Katumbi veut aller à Goma, chez Joseph Kabila, pour sauver l'idée d'un dialogue national

En tournée diplomatique avec la coalition C64, l'opposant congolais annonce à Jeune Afrique qu'il ira à Goma rencontrer Joseph Kabila, désormais chef d'un mouvement politico-militaire. Un pari risqué.

RDC : Moïse Katumbi veut aller à Goma, chez Joseph Kabila, pour sauver l'idée d'un dialogue national

Le dialogue national congolais a désormais un obstacle géographique : pour y inviter tout le monde, il faudra peut-être se rendre à Goma. C'est le sens de l'entretien vidéo accordé en exclusivité à Jeune Afrique par Moïse Katumbi, tourné à Paris le 3 novembre. L'opposant y affirme que la coalition dont il fait partie ira rencontrer Joseph Kabila, installé dans la ville de l'est de la République démocratique du Congo (RDC) que contrôle la rébellion. Les chancelleries étrangères, elles, sont priées de soutenir la démarche.

Une tournée diplomatique après les manifestations

Selon Jeune Afrique, les cadres de la coalition Article 64 (C64), opposée à un changement de la Constitution, multiplient les visites dans les chancelleries pour obtenir un soutien à un dialogue national inclusif. Après Paris et Bruxelles, ils prévoient d'aller au Togo, au Kenya, en Afrique du Sud, en Angola et en Ouganda. Le média panafricain parle d'un passage de la rue aux tractations diplomatiques, après les manifestations des 12 juin et 15 septembre.

La coalition réunit cinq figures : Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Elle a été créée le 19 mai 2026, rapporte le site congolais Netic News. Son credo : le respect strict de la Constitution, aussi bien par les autorités que par les groupes armés, et le rejet de tout troisième mandat ou report des élections prévues en 2028.

Rome, point de départ de l'initiative

L'idée de rencontrer les deux hommes est née à Rome. Au terme d'un conclave de deux jours, la C64 a publié le 27 octobre une déclaration disant, selon Reuters, qu'il n'existe pas de solution militaire au conflit. Elle y annonce vouloir rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila. Le site congolais Reporter.cd souligne toutefois qu'aucun calendrier n'a été annoncé et que la coalition n'a pas précisé si les deux hommes avaient accepté de recevoir ses représentants.

La déclaration réclame aussi, d'après Journal de Kinshasa, un dialogue réunissant les parties concernées, y compris les groupes armés, avec pour objectifs la cessation des hostilités, la réunification du territoire et la cohésion nationale. Elle demande de relancer la facilitation africaine conduite par l'Angola et le Togo, avec la médiation des Églises catholique et protestante, ainsi que la libération de personnes jugées détenues arbitrairement.

Ce qui a changé le 12 octobre

La démarche de Katumbi s'inscrit dans un paysage bouleversé. Le 12 octobre, Joseph Kabila a annoncé à Goma la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire qui absorbe l'Alliance Fleuve Congo (AFC) et la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, selon l'analyse publiée par Democracy in Africa. Le même texte précise que le FRN reprend les engagements existants, notamment les négociations de Doha, et affiche plus explicitement l'intention de mettre fin au pouvoir de Tshisekedi, y compris par la force.

La Nouvelle Tribune rapporte que le mouvement se fixe pour objectif de « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force ». Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa en sont vice-présidents. Le même média note que Goma est aux mains de la rébellion depuis janvier 2025.

Pour l'opposition, le virage est délicat. La C64 a refusé, selon Reuters, de soutenir la rébellion armée, tout en réclamant la participation de Kabila au dialogue. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a aussitôt sommé, d'après Radio Okapi, ceux qui plaidaient pour cette participation de se prononcer, estimant que le choix des armes attaque la République et l'ordre constitutionnel. Tshisekedi a pour sa part exclu du dialogue ceux qui prennent les armes, et son dialogue national annoncé en août écartait déjà les groupes armés.

Un interlocuteur condamné à mort

Aller à Goma, c'est aussi rencontrer un homme sous le coup d'une condamnation capitale. Selon Reuters, relayé par le site Multipolarra, la Haute Cour militaire a prononcé la peine de mort par contumace contre Kabila fin septembre 2025, après la levée de son immunité de sénateur à vie par le Sénat en mai de la même année. Il était poursuivi pour ses liens présumés avec le M23 et pour des crimes de guerre, des accusations qu'il juge politiquement motivées. Une médiation discrète entre les deux camps, portant sur sa situation judiciaire, a échoué, rapporte Afriksoir.

Au début de l'été, Katumbi avait déjà tenu un discours similaire. Dans une interview à la Deutsche Welle relayée par Reporter.cd, il disait que « Goma, c'est en République démocratique du Congo » et qu'il revient au chef de l'État de s'accorder avec Kabila. Il invoquait aussi le dialogue de Sun City, qui avait réuni plusieurs mouvements rebelles et forces politiques : « On ne fait pas un dialogue avec ses amis. » Ce qui change aujourd'hui, c'est que l'homme à rencontrer a franchi le pas de la lutte armée.

Le référendum, toile de fond de la crise

Le second front est constitutionnel. L'Assemblée nationale a de nouveau adopté le 23 octobre la loi organisant le référendum, selon Radio Okapi, qui précise que le texte doit encore passer en seconde lecture au Sénat. Le média Afrik.com rappelle que l'opposition redoute que cela prépare un changement de Constitution permettant à Tshisekedi de briguer un troisième mandat, tout en notant que ce scénario reste une crainte politique et non une conséquence automatique du vote.

Le président a lui-même alimenté le flou. Devant les parlementaires de l'Union sacrée, il a déclaré, d'après Afrik.com citant Actualite.cd, ne pas aimer cette Constitution, tout en promettant de s'arrêter si les élus refusent en 2028. Pour la C64, c'est précisément l'impasse : elle s'oppose au référendum d'un côté et refuse la voie armée de l'autre, sans s'aligner sur aucun des deux camps.

Doha, Washington et la question de la méthode

Sur le terrain diplomatique, le processus de Doha reste le cadre officiel. Kinshasa et le M23 y ont signé le 15 novembre 2025, sous l'égide du Qatar, un accord-cadre de huit protocoles, soutenu par Washington et l'Union africaine, selon Actualite.cd. Le même site indique que les États-Unis ont demandé en octobre à Kinshasa et au FRN de finaliser les protocoles restants, le FRN affirmant reprendre tous les engagements de l'AFC/M23. La C64, d'après Journal de Kinshasa, plaide pour une meilleure coordination entre ce processus et le dialogue national.

La difficulté tient à la méthode. Un éditorial du quotidien burkinabè Le Pays estime que les diplomates européens peuvent ouvrir des portes, mais ne peuvent fabriquer l'unité d'une opposition traversée d'ambitions concurrentes. La newsletter Congo Confidentiel pointe, de son côté, une médiation sans mandat, d'autant que les Églises catholique et protestante ont déjà proposé un cadre de dialogue.

Ce qu'il faut surveiller

Trois éléments diront si l'annonce de Katumbi est un geste réaliste ou un coup de communication. D'abord, la réponse de Kinshasa : un déplacement à Goma d'opposants rencontrant un chef rebelle condamné à mort serait politiquement explosif pour le pouvoir. Ensuite, l'accueil de Kabila lui-même, qui a intérêt à se présenter comme un acteur légitime plutôt que comme un simple chef de guerre. Enfin, le positionnement des partenaires régionaux, Angola, Togo, Kenya, Afrique du Sud, que la coalition entend rallier.

À ce stade, Jeune Afrique rapporte une intention, pas un calendrier. Rien n'indique que Tshisekedi ou Kabila aient accepté de recevoir la C64. Mais en annonçant publiquement qu'ils iront à Goma, Katumbi et ses alliés placent le pouvoir devant un dilemme : écarter encore un peu plus l'idée d'un dialogue réellement inclusif, ou ouvrir une brèche dans une crise qui mêle rébellion, guerre à l'est et bras de fer constitutionnel.