Politique

Vance accuse la guerre en Iran d'avoir coûté le Congrès aux républicains

Au lendemain d'une déroute historique aux élections de mi-mandat, le vice-président JD Vance impute la défaite à la guerre en Iran. Trump admet une part de vérité, mais dit qu'il la referait.

Vance accuse la guerre en Iran d'avoir coûté le Congrès aux républicains

Le vice-président américain JD Vance a choisi la voie la plus directe pour commenter la raclée subie par son parti : la guerre contre l'Iran, écrit-il, est la cause de la défaite. Sa publication sur X, d'environ 620 mots, tranche avec des mois de prudence et ouvre une bataille d'interprétation au sein du camp républicain, alors que les États-Unis sont toujours engagés dans un conflit sans issue claire.

Un message sans détour

Selon NBC News, Vance a écrit quelques heures après le scrutin : « La raison pour laquelle nous avons perdu, c'est la guerre. Le président lui-même l'a dit hier soir. » Il a ajouté que quiconque estime que le conflit en valait la peine, y compris au prix de la perte du Sénat pour six ans, n'a qu'à défendre cette position, ce qui serait « au moins honnête ».

Son diagnostic repose sur un argument précis : le problème ne serait pas la mobilisation, mais le transfert de voix. D'après le compte rendu de Daily Sabah, il soutient que beaucoup d'électeurs de Trump et de lui-même en 2024 ont voté démocrate en 2026, malgré une participation républicaine jugée correcte. Il cite un sondeur selon lequel les électeurs repartis ailleurs réclament quatre choses : mettre fin à la guerre, s'attaquer au coût de la vie et à l'inflation, appliquer le « America First » et modifier la relation avec Israël.

Le vice-président concède aussi que le message économique du parti n'était pas assez percutant en fin de campagne, rapporte The Hill. Il prédit « beaucoup de querelles internes » sur les causes de la défaite.

L'ampleur de la défaite

Les chiffres donnent la mesure de la secousse. Selon CBS News, les démocrates reprennent la Chambre des représentants et le Sénat, avec au moins 54 sièges au Sénat selon son estimation, le Mississippi et l'Alaska restant à trancher. NBC News précise que sept sièges sénatoriaux républicains ont basculé : Iowa, Kansas, Ohio, Maine, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Texas. Le Kansas n'avait pas élu de sénateur démocrate depuis près d'un siècle, et le Texas a offert aux démocrates leurs premières victoires à l'échelle de l'État en plus de trois décennies, selon CNBC.

Time souligne qu'un parti ne ravit les deux chambres lors d'élections de mi-mandat que pour la cinquième fois depuis la Seconde Guerre mondiale. La Chambre devrait revenir au démocrate Hakeem Jeffries, tandis que le président républicain de la Chambre, Mike Johnson, a annoncé qu'il ne briguerait pas la direction de son groupe, d'après CBS News. Selon CBS, la cote d'approbation de Donald Trump s'établissait à 38 % à la sortie des urnes, un creux historique pour un président à ce stade.

Que disent vraiment les sondages?

L'explication de Vance est séduisante, mais les données invitent à la nuance. Un sondage de l'Associated Press réalisé le jour du vote indique qu'environ six électeurs sur dix jugent que la décision d'employer la force militaire contre l'Iran était une erreur. Pourtant, comme le rapporte le Washington Times, seul un tiers des électeurs ont dit que la guerre était un facteur « crucial » dans leur choix pour le Congrès, derrière le coût de la vie et la corruption gouvernementale.

L'enquête de NBC News, citée par le même journal, va dans le même sens : 34 % jugent la guerre « cruciale » et 40 % « majeure ». L'écart partisan est net : 62 % des démocrates se disent motivés par ce dossier, contre 35 % des républicains. CBS note par ailleurs qu'environ un quart des républicains jugent l'action militaire fautive.

Le lien entre la guerre et l'économie est donc probablement le véritable moteur. Selon CNBC, le conflit a fait grimper les prix de l'essence et du diesel. Un sondage Reuters/Ipsos de mai révélait que 86 % des Américains attribuent au conflit une part importante de responsabilité dans la hausse récente des prix. Autrement dit, la guerre a pu nourrir la colère contre la vie chère plutôt que s'y substituer. Les médias américains notent d'ailleurs que les élus républicains incriminent aussi les tarifs douaniers, le projet de salle de bal à la Maison-Blanche et des candidats jugés faibles.

Un conflit entamé en février, toujours sans issue

La guerre a débuté à la fin de février, lorsque Washington et Israël ont frappé l'Iran. Selon l'historique tracé par Wikipédia, un cessez-le-feu a été annoncé en avril, puis un mémorandum signé en juin à Versailles, avant que l'accord ne s'effondre en juillet quand l'Iran a attaqué des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz. Le conflit en est aujourd'hui à son huitième mois. Le Pentagone a évalué son coût à plus de 47 milliards de dollars américains, rapporte Outlook India à partir des données citées avec le sondage de l'AP.

Les négociations indirectes, menées par le Qatar, le Pakistan et d'autres médiateurs, achoppent sur sept conditions iraniennes, dont la levée du blocus naval américain des ports iraniens, le dégel d'avoirs et un arrêt des hostilités sur tous les fronts. Selon CBS News, un haut responsable iranien a jugé mardi la réponse américaine « pas convaincante ». La veille du scrutin, Washington avait mené des frappes limitées, présentées comme défensives, près du détroit.

Trump : « largement vrai », mais « je le referais »

La réaction du président est ambivalente. Selon CNN, Donald Trump a jugé l'analyse de son vice-président « largement vraie », parce que la guerre a fait monter l'essence à court terme, tout en affirmant qu'il referait le même choix, car il ne faut pas laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire. CNN relève aussi que Vance a présenté Trump comme ayant déjà imputé la défaite à la guerre, alors que celui-ci a seulement parlé d'un facteur parmi d'autres. À Forbes, le président a même attribué une partie du revers à son absence du bulletin de vote.

L'écart est révélateur : le vice-président plaide pour une sortie du conflit, le président défend son bien-fondé. Donald Trump fils a appuyé le texte de Vance en écrivant « chaque mot », selon CNN.

Le calcul de 2028

De nombreux observateurs lisent dans cette sortie une manœuvre de positionnement. L'analyse de CNN y voit une tentative transparente de se distinguer de Trump pour préserver ses chances d'investiture en 2028, en s'adressant à l'aile non interventionniste de la coalition MAGA. Daily Sabah rappelle que Vance, critique de longue date des interventions étrangères, aurait exprimé en coulisses des doutes sur cette guerre, même s'il l'avait publiquement défendue au début, comme le souligne The Hill. Son appel à « changer la relation avec Israël » est le passage le plus sensible, dans un parti où les jeunes électeurs se montrent plus réservés que leurs aînés, selon un sondage de l'IMEU Policy Project réalisé en mars.

Le pari comporte un risque : se dissocier d'une guerre qu'il a défendue pourrait lui être reproché. Un panel de CNN doute que ce changement de ton convainque les électeurs d'ici 2028.

Ce que le vote change pour la suite de la guerre

Les effets se mesurent d'abord sur les marchés. Selon CNBC, le pétrole a reculé de plus de 4 % mercredi après la sortie de Vance, le marché estimant que Trump a désormais davantage intérêt à conclure un accord avec l'Iran. Le Brent est brièvement passé sous la barre des 100 dollars américains, son plus bas niveau depuis septembre, d'après CBS News. Trump a dit au Financial Times n'avoir aucun plan immédiat de nouvelles frappes, après avoir laissé cette option sur la table pendant des semaines.

Sur le plan institutionnel, le Congrès changera de visage le 3 janvier. Selon l'IBTimes, une résolution sur les pouvoirs de guerre a échoué au Sénat d'une seule voix en septembre, tandis que la Chambre avait adopté la sienne par 220 voix contre 204. Les démocrates, qui contrôleront les commissions de surveillance et de financement militaire, pourraient revenir à la charge. Toute loi contraignante risque toutefois un veto présidentiel, qu'il faudrait surmonter aux deux tiers dans les deux chambres.

Pour Téhéran, le message est clair. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que les Américains ont dit « non à la guerre ». Mais les analystes interrogés par Al Jazeera estiment que ce sentiment de victoire pourrait rendre l'Iran plus intransigeant. Ali Vaez, de l'International Crisis Group, résume à CNN le dilemme de Trump : conclure un accord lui permettant de crier victoire, ou redoubler d'ardeur militaire pour reprendre l'initiative. Sanam Vakil, de Chatham House, juge un accord intérimaire sur Ormuz plus réaliste qu'un règlement global.

Reste une inconnue, soulignée par Barbara Slavin, du Stimson Center : d'ici l'entrée en fonction du nouveau Congrès, Trump conserve de vastes pouvoirs de commandant en chef, ce qui laisse planer le risque d'une escalade dans cette période de transition. Les prochains jours, avec une réponse attendue du Qatar sur la dernière proposition de paix, diront si l'aveu de Vance accélère une sortie de crise ou ne fait que durcir les lignes à Washington comme à Téhéran.