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Venezuela : Machado se rallie à la feuille de route américaine vers des élections

De retour d'exil depuis le 25 octobre, la lauréate du Nobel de la paix appuie le plan de Washington : renouveler le tribunal suprême et l'arbitre électoral, déclarer la présidence vacante, puis voter dans les six mois.

Venezuela : Machado se rallie à la feuille de route américaine vers des élections

Jeudi, la cheffe de l'opposition vénézuélienne María Corina Machado a donné son aval à un plan américain qui prévoit de déclarer vacante la présidence du Venezuela et de convoquer un scrutin présidentiel l'an prochain. Le geste, relayé notamment par Arab News et par la chaîne Noovo, met fin à plusieurs jours d'incertitude sur la position de celle qui incarne l'opposition depuis des années. Il survient moins de deux semaines après son retour au pays.

Ce qui a été annoncé

Dans une déclaration adressée au Sommet ibéro-américain de Madrid, Mme Machado a validé la feuille de route tracée par le département d'État américain. Selon Arab News, qui reprend une dépêche de Reuters, elle juge ce plan « une voie raisonnable » pour avancer vers le rétablissement complet de l'ordre constitutionnel, compte tenu de la situation de fait qui perdure depuis des mois.

Le calendrier repose sur un enchaînement précis. Il faut d'abord renouveler la plus haute juridiction du pays avant la fin de 2026, puis créer immédiatement après un nouveau Conseil national électoral. La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, devrait ensuite déclarer la présidence vacante et convoquer des élections dans un délai de six mois. Mme Rodríguez affirme de son côté que des élections auront lieu, mais sans jamais donner de date.

Le plan en détail

Le site MundoNow, qui s'appuie sur des informations de l'agence EFE, précise que cette feuille de route a été présentée le 26 octobre par un haut responsable du département d'État. Le Tribunal suprême de justice serait recomposé avec 32 magistrats approuvés par l'Assemblée nationale, avec un objectif de mi-décembre. Le Conseil national électoral suivrait, conçu comme un organisme technique chargé d'organiser le scrutin et d'annoncer les résultats, sans pouvoir d'écarter des partis ou des candidats.

Ce dernier point n'est pas anodin. Washington fait valoir que cette prérogative avait permis d'écarter Mme Machado de la présidentielle de 2024. Le responsable américain a aussi insisté sur la liberté de faire campagne, la liberté de circulation des candidats et l'accès de l'opposition aux médias traditionnels et aux réseaux sociaux. Il a défendu la participation du chavisme à la transition en évoquant les exemples espagnol et portugais.

Selon Foreign Policy, des comités de nomination issus du dialogue appuyé par les États-Unis entre le gouvernement et des figures de l'opposition doivent choisir les nouveaux juges de la plus haute cour et ceux d'une instance électorale distincte d'ici environ la fin de l'année. MundoNow précise que ce dialogue est facilité par Washington depuis août, entre le gouvernement chaviste et un bloc d'opposition mené par Dinorah Figuera. Mme Machado n'y a pas participé, même si le secrétaire d'État Marco Rubio l'a invitée à le faire.

Un retour qui a forcé le calendrier

Le ralliement de Mme Machado s'inscrit dans une séquence rapide. La lauréate du prix Nobel de la paix est réapparue au Venezuela le 25 octobre, pour la première fois depuis décembre. Elle avait quitté clandestinement le pays pour recevoir son prix à Oslo, un mois avant que l'armée américaine ne destitue Nicolás Maduro, rappelle CBS News. Son entourage affirme qu'elle avait tenté sept fois de rentrer sans succès, et elle s'est vu refuser l'entrée à plusieurs reprises en septembre.

Les responsables américains nient l'avoir retenue, tout en reconnaissant lui avoir déconseillé de rentrer pour des raisons de sécurité. Selon NPR, elle est apparue d'abord dans une église de l'État de Lara, dans l'ouest du pays, avant de gagner Caracas, où des centaines de partisans ont entouré son véhicule.

Pour plusieurs observateurs, le moment choisi par Washington n'a rien d'une coïncidence. L'économiste Asdrúbal Oliveros, cité par Foreign Policy, résume ainsi la situation : l'arrivée de Mme Machado a obligé les États-Unis à définir une feuille de route vers le vote. Le jour même de l'annonce américaine, M. Rubio a indiqué que Washington avait signalé à l'administration Rodríguez qu'elle devait permettre ce retour.

Une transition sous tutelle

Pour comprendre l'enjeu, il faut revenir à la capture de M. Maduro par les forces américaines, le 3 janvier 2026. Il est depuis détenu à New York, où il fait face à des accusations liées au trafic de drogue, aux armes et à la torture, et a plaidé non coupable. Mme Rodríguez, qui était sa vice-présidente, a prêté serment comme présidente par intérim deux jours plus tard devant l'Assemblée nationale contrôlée par le chavisme.

Selon le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), un institut de recherche de Washington, les États-Unis n'ont pas cherché un changement de régime mais une « gestion » du régime, avec un plan en trois phases : stabilisation, relance économique, puis transition politique menant à une présidentielle. Les analystes du CSIS estiment que le principal risque est désormais que la phase de stabilisation devienne permanente. Ils observent que Mme Rodríguez a profité de ces mois pour consolider son pouvoir, en remplaçant des chefs militaires et en plaçant ses proches dans les ministères, tout en conservant l'essentiel de l'architecture institutionnelle héritée de M. Maduro.

Le cadre juridique alimente aussi les soupçons. Comme l'expliquait la CBC en janvier, la Constitution vénézuélienne exige une élection dans les 30 jours lorsque le président devient définitivement indisponible. Le tribunal suprême, réputé loyal au pouvoir, a plutôt qualifié l'absence de M. Maduro de « temporaire ». La vice-présidente peut alors diriger pendant 90 jours, prolongeables à six mois par un vote parlementaire. Or ce délai est largement dépassé. L'Associated Press, citée par NBC News, note que l'intérimaire a excédé la durée pour laquelle elle était autorisée à gouverner, sans qu'aucune élection ne soit fixée.

La feuille de route américaine a donc aussi une fonction de régularisation : en faisant déclarer la vacance de la présidence, elle remplacerait un intérim sans fin par une échéance constitutionnelle de six mois.

Les zones d'ombre

Plusieurs incertitudes demeurent. La première tient au calendrier : le responsable américain cité par MundoNow a attribué une partie du retard aux tremblements de terre du 24 juin, qui ont exigé environ huit semaines d'intervention humanitaire. Interrogé sur le risque que Mme Rodríguez retarde le processus, M. Rubio a répondu, selon Foreign Policy, qu'il entendait voir le dossier réglé bien avant son départ de son poste, en janvier 2029. L'engagement est large, et il ne fixe aucune date.

La deuxième est le rapport de force. Dans son discours à l'ONU, la dirigeante par intérim a promis des élections au « bon moment », que le peuple vénézuélien déterminera. Selon Semafor, elle a récemment nommé comme ministre des Affaires étrangères Oliver Blanco, un ancien collaborateur de l'opposition, ce qui laisse entrevoir une volonté de composer avec Washington malgré une rhétorique parfois dure. M. Rubio a reçu M. Blanco à Washington cette semaine pour discuter de réconciliation, de réformes institutionnelles et de libération de prisonniers politiques, d'après l'agence Anadolu.

La troisième est l'économie. Washington travaille avec Mme Rodríguez pour relancer le secteur pétrolier vénézuélien. Mme Machado a critiqué l'accord pétrolier promu par les États-Unis, selon MundoNow, mais son équipe et plusieurs analystes soutiennent qu'un scrutin rassurerait les investisseurs et donnerait plus de légitimité au gouvernement pour s'attaquer aux déséquilibres macroéconomiques, relève Foreign Policy.

La quatrième, enfin, est la candidature de Mme Machado elle-même. Elle réclame une présidentielle d'ici la mi-2027 et dit vouloir s'y présenter. Le président Trump, qui l'a soutenue sans appuyer sa volonté de briguer la présidence, a déclaré ne rien savoir de son retour. Elle lui avait remis sa médaille du Nobel lors d'une visite à la Maison-Blanche en janvier, un geste que le comité du prix avait dit incompatible avec la nature de la distinction, qui ne peut être révoquée, partagée ni transférée.

Pourquoi ce ralliement compte

En appuyant le plan, Mme Machado fait un pari tactique. Elle s'aligne sur un calendrier écrit par Washington, ce qui lui évite d'être perçue comme un obstacle, tout en se donnant un cadre précis pour exiger des comptes : un tribunal renouvelé d'ici la mi-décembre, puis un arbitre électoral, puis une vacance déclarée. Chaque étape devient un test vérifiable de la bonne foi du gouvernement intérimaire.

Le risque est symétrique. Si les nominations aboutissent à des institutions peu indépendantes, l'opposition aura endossé un processus qu'elle ne contrôle pas. Le fait que le chavisme demeure partie prenante de la transition, assumé par le département d'État, nourrit cette inquiétude.

Les prochaines semaines diront si la feuille de route survit à sa première épreuve concrète : l'approbation par l'Assemblée nationale des 32 magistrats du tribunal suprême. C'est là que se mesurera l'écart entre un calendrier annoncé et un pouvoir réellement disposé à le respecter.